J’ai quitté Paris. Maintenant, j’habite un vieux moulin à vent en Provence, dans le sud de la France. Personne n’habitait ici depuis longtemps. La porte était fermée et l’herbe poussait partout.
Les lapins ont été très étonnés ! Ils croyaient que les meuniers avaient disparu pour toujours. Alors ils avaient fait du moulin leur maison. Le soir de mon arrivée, une vingtaine de lapins étaient assis en rond devant la porte, au clair de lune. J’ai ouvert une petite fenêtre et, frrt ! ils sont tous partis en courant dans les buissons, avec leurs petites queues blanches en l’air. J’espère qu’ils vont revenir.
Quelqu’un d’autre a été étonné de me voir : un vieux hibou à l’air sérieux, comme un philosophe. Il habite en haut du moulin depuis plus de vingt ans. Il m’a regardé avec ses yeux ronds et il a fait : “Hou ! hou !” Il est gris de poussière et pas très beau, mais il est silencieux, et il me plaît. Je lui laisse tout le haut du moulin. Moi, je garde la petite pièce du bas, blanche et fraîche.
C’est de là que je vous écris, avec la porte grande ouverte au soleil. Devant moi, il y a un joli bois de pins. Au loin, je vois les montagnes des Alpilles. Il n’y a pas de bruit. Parfois, j’entends une petite flûte, un oiseau dans la lavande ou les clochettes des mules sur la route. Comment pourrais-je regretter votre Paris bruyant et noir ? Ici, je suis loin des journaux, des voitures et du brouillard.
Hier soir, j’ai vu une très belle chose : le retour des troupeaux. En Provence, quand il fait chaud, on envoie les moutons dans les Alpes. Bêtes et bergers restent là-haut cinq ou six mois. Puis, en automne, ils reviennent à la ferme.
Toute la journée, la ferme les attendait. Le soir, quelqu’un a crié : “Les voilà !” Le troupeau arrivait dans un grand nuage de poussière. Les vieux béliers marchaient devant, avec leurs cornes. Derrière, il y avait les moutons, les mères fatiguées et leurs petits. Des mules avec des pompons rouges portaient dans des paniers les agneaux nés la veille. Puis venaient les chiens, la langue jusqu’à terre, et deux grands bergers dans leurs longs manteaux.
Quelle fête dans la ferme ! Les paons, les poules, les canards, les dindons, tout le monde s’est réveillé et a crié. Chaque mouton a retrouvé sa place. Les chiens, eux, n’ont pas voulu se reposer avant de voir toutes les bêtes rentrées. Puis, enfin, ils sont allés manger leur soupe et raconter aux chiens de la ferme leur vie là-haut, dans la montagne.