Je m'appelle François Seurel. Quand j'avais quinze ans, j'habitais l'école de Sainte-Agathe, un village de la campagne. Mon père, M. Seurel, était l'instituteur, et ma mère s'occupait de la maison.
Un dimanche de novembre, un nouvel élève est arrivé chez nous comme pensionnaire. C'était un grand garçon de dix-sept ans, Augustin Meaulnes. Tout de suite, les élèves l'ont appelé “le grand Meaulnes”. Il était calme, courageux et mystérieux. Je suis devenu son ami.
Avant Noël, mes grands-parents devaient arriver en train à la gare de Vierzon. Mon père a décidé que j'irais les chercher en voiture avec un autre élève, Moucheboeuf. Mais Meaulnes ne voulait pas attendre. Il a pris en secret une voiture et une jument chez un voisin, et il est parti seul vers Vierzon.
Il n'est pas revenu le soir. Ni le lendemain. Il est revenu trois jours plus tard, fatigué, sans rien dire. Il portait sous sa veste un étrange gilet de soie, qui n'était pas à lui.
Une nuit, enfin, il m'a tout raconté. Sur la route, il s'était endormi dans la voiture, et la jument avait pris un mauvais chemin. Il s'était perdu dans la campagne. La nuit, il avait trouvé un vieux domaine, un grand château caché dans les bois. Il y avait une fête, une fête étrange, organisée par des enfants. Ce sont les enfants qui commandaient ! Tout le monde portait de vieux costumes d'autrefois. On attendait le fils de la maison, Frantz de Galais, qui devait revenir avec sa fiancée pour se marier.
Le lendemain matin, Meaulnes avait fait une promenade en bateau sur le lac. Là, il avait vu une jeune fille blonde, très belle, avec des yeux bleus. Il lui avait parlé. “Je ne sais même pas qui vous êtes”, avait-elle dit. Puis, avant de partir : “Je suis mademoiselle Yvonne de Galais.” C'était la sœur de Frantz. Meaulnes était tombé amoureux d'elle.
Mais le soir, Frantz était revenu seul. Sa fiancée n'était pas venue. Il avait renvoyé tous les invités. La fête était finie. En partant, dans la nuit, Meaulnes avait entendu un coup de feu dans les bois.
Depuis ce jour, Meaulnes ne pense qu'à une chose : retrouver le domaine mystérieux et Yvonne de Galais. Mais il ne connaît pas le chemin. Il n'a pas regardé la route quand on l'a ramené.