Sophie est une petite fille de presque quatre ans. Elle habite dans un château à la campagne avec sa maman, Madame de Réan. Elle a souvent de drôles d’idées, et ces idées lui apportent beaucoup de malheurs.
Un jour, Sophie court dans sa chambre : “Ma bonne, ma bonne, venez vite ! Papa m’a envoyé une caisse de Paris !” La bonne ouvre la caisse. Dedans, il y a une très jolie poupée de cire, avec des cheveux blonds frisés, des joues roses et des yeux bleus. Sophie l’embrasse vingt fois et danse de joie. Son cousin Paul, un petit garçon de cinq ans, regarde la poupée et secoue la tête : “Elle n’est pas solide. J’ai peur que tu la casses.” “Oh non ! Je vais la soigner très bien”, répond Sophie.
Le lendemain, Sophie trouve sa poupée un peu pâle. “Elle a froid, pense-t-elle. Je vais la mettre au soleil.” Sa maman dit : “Attention, la cire va fondre !” Mais Sophie ne la croit pas. Elle pose la poupée sur la fenêtre, en plein soleil, et elle va jouer. Quand elle revient, le visage de la poupée a fondu. Ses yeux sont tombés et ses joues ont coulé. Sophie pleure. La poupée reste pâle et laide.
Un autre jour, Sophie veut friser les cheveux de sa poupée avec un fer chaud. Le fer est trop chaud : les cheveux brûlent, et la poupée devient chauve. Une autre fois, Sophie veut lui apprendre à faire de la gymnastique. Elle la suspend par les bras à une ficelle. La poupée tombe et se casse un bras. Puis Sophie lui donne un bain de pieds dans de l’eau bouillante, comme les grandes personnes. Quand elle la retire de l’eau, les pieds ont fondu.
Maintenant, la poupée est affreuse, et ses amies se moquent d’elle. Sophie ne l’aime plus. Un dernier jour, elle veut lui apprendre à monter aux arbres. Elle l’assoit sur une branche. La poupée tombe, et sa tête se casse en cent morceaux sur les pierres. Cette fois, Sophie ne pleure pas. Elle invite ses amies à l’enterrement de la poupée.
Camille et Madeleine de Fleurville, deux gentilles sœurs, arrivent un matin. La bonne a préparé une vieille boîte couverte de tissu rose, avec un petit matelas et un oreiller. C’est le cercueil. Les enfants y mettent la poupée et la couvrent bien, pour cacher la tête cassée et les pieds fondus.
Sophie et Paul portent la boîte. Camille marche devant et Madeleine derrière, avec un panier de fleurs. Dans le petit jardin de Sophie, ils creusent un trou, ils y mettent la boîte et jettent des fleurs dessus. Ensuite, ils plantent deux lilas. Puis ils prennent des arrosoirs pour arroser les lilas. Ils s’arrosent aussi les jambes, ils courent et ils rient. On n’a jamais vu un enterrement plus gai ! Le soir, Camille et Madeleine disent à Sophie : “Casse vite une autre poupée, et nous ferons encore un enterrement !”