Je m'appelle Frantz. Je suis un petit garçon et j'habite un village d'Alsace, dans l'est de la France. Cette histoire se passe après la guerre de 1870. La France a perdu la guerre contre la Prusse, et les soldats prussiens sont partout dans notre région.
Ce matin-là, j'étais très en retard pour aller à l'école. J'avais peur d'être grondé. Notre maître, M. Hamel, avait dit qu'il nous interrogerait sur les participes, et je ne savais rien. Pendant un moment, j'ai eu envie de ne pas aller en classe et de courir dans les champs.
Il faisait si chaud, si clair ! Les merles chantaient au bord du bois. Dans un pré, derrière la scierie, les Prussiens faisaient l'exercice. Tout cela m'intéressait plus que les participes. Mais j'ai résisté, et j'ai couru vite vers l'école.
En passant devant la mairie, j'ai vu des gens arrêtés devant le panneau des affiches. Depuis deux ans, toutes les mauvaises nouvelles venaient de là : les batailles perdues, les ordres des Prussiens. J'ai pensé, sans m'arrêter : “Qu'est-ce qu'il y a encore ?”
Le forgeron Wachter, qui lisait l'affiche avec son apprenti, m'a crié :
“Ne te dépêche pas tant, petit ; tu arriveras toujours assez tôt à ton école !”
J'ai cru qu'il se moquait de moi.
D'habitude, au début de la classe, il y avait un grand bruit : les pupitres qu'on ouvrait et qu'on fermait, les leçons qu'on répétait très fort, et la grosse règle du maître qui tapait sur les tables. Je comptais sur ce bruit pour arriver à ma place sans être vu. Mais ce jour-là, tout était calme, comme un dimanche matin. Mes camarades étaient déjà assis. M. Hamel marchait dans la classe avec sa terrible règle en fer sous le bras. J'ai dû ouvrir la porte et entrer au milieu de ce grand silence. J'étais tout rouge, et j'avais peur !
Mais M. Hamel m'a regardé sans colère. Il m'a dit très doucement :
“Va vite à ta place, mon petit Frantz ; nous allions commencer sans toi.”