C'est jour de marché à Goderville, un petit bourg de Normandie. Sur toutes les routes, les paysans et leurs femmes arrivent à pied. Les hommes portent une blouse bleue. Les femmes portent des paniers pleins de poulets et de canards. Certains tirent une vache au bout d'une corde. Sur la grande place, il y a beaucoup de monde, beaucoup de bruit, et une forte odeur d'animaux, de lait et de foin.
Maître Hauchecorne, un vieux paysan du village de Bréauté, arrive lui aussi à Goderville. C'est un vrai Normand : économe et un peu méfiant. Tout à coup, il voit par terre un petit bout de ficelle. Il pense : “Tout peut servir.” Alors il se baisse avec difficulté, parce qu'il a mal au dos, et il ramasse la ficelle.
Mais quand il se relève, il voit maître Malandain, le bourrelier, qui fabrique des objets en cuir pour les chevaux. Malandain est debout devant sa porte et le regarde. Les deux hommes sont fâchés depuis longtemps, à cause d'une vieille affaire de licol, une corde pour attacher les chevaux. Ils ne se parlent plus.
Hauchecorne a un peu honte d'avoir été vu en train de ramasser un bout de ficelle dans la boue. Il cache vite la ficelle sous sa blouse, puis dans la poche de son pantalon. Ensuite il fait semblant de chercher encore quelque chose par terre. Puis il part vers le marché, la tête en avant.
Il passe toute la matinée au marché, au milieu des cris et des discussions. Les paysans examinent les vaches, touchent les poules, discutent les prix pendant des heures.
À midi, tout le monde va manger à l'auberge de maître Jourdain. La grande salle est pleine. Les paysans mangent, boivent du cidre et parlent fort de leurs affaires. Dans la cheminée, on fait cuire de la viande sur un grand feu.
Tout à coup, on entend un tambour dans la rue. C'est le crieur public, l'homme qui annonce les nouvelles. Tout le monde va à la porte pour écouter. Le crieur dit d'une voix forte :
“On fait savoir aux habitants de Goderville, et à toutes les personnes présentes au marché, que ce matin, sur la route de Beuzeville, entre neuf et dix heures, quelqu'un a perdu un portefeuille en cuir noir avec cinq cents francs et des papiers. Il faut le rapporter à la mairie ou chez maître Fortuné Houlbrèque, de Manerville. Il y aura vingt francs de récompense.”